Les implants cochléaires

L’enjeu :
La chirurgie de l’implant cochléaire sur des bébés et des enfants sourds au Canada est maintenant généralisée.

Notre position :
Les implants cochléaires ne diminuent pas la nécessité de fournir à tout enfant sourd l’ensemble des options – y compris la langue des signes – pour l’acquisition de compétences linguistiques.

L’Association des Sourds du Canada – Canadian Association of the Deaf ne se préoccupe pas la décision prise par des adultes sourds et autonomes de se faire poser un implant cochléaire ; nous reconnaissons que ces implants peuvent être utiles à certains adultes, surtout ceux qui sont devenus sourds plus tard dans la vie. Nous nous intéressons plutôt au taux de réussite et aux aspects éthiques de l’implantation cochléaire chez de jeunes enfants sourds.

La situation d’apprentissage de la langue d’un jeune enfant sourd est entièrement différente de celle d’un adulte sourd, malentendant ou devenu sourd qui a déjà acquis une langue. Les difficultés de développement des compétences linguistiques et sociales auxquelles un enfant sourd est confronté lorsqu’il est exposé uniquement à la langue parlée sont bien documentées. La privation du langage peut provoquer l’échec scolaire, la stigmatisation sociale et des problèmes d’alphabétisation. L’occasion d’acquérir entièrement une langue maternelle dans la modalité la plus naturelle et la plus facile à gérer empêche la privation linguistique pour tous les enfants ; pour les enfants sourds, cette modalité est visuelle et leur première langue est la langue des signes.

Depuis la publication de notre premier énoncé de position 1994, un certain nombre d’études ont été réalisées portant sur les avantages de la langue des signes dans l’acquisition du langage auditoire chez les enfants avec des implants cochléaires. Ces études ont démontré qu’un implant cochléaire avec seulement du soutien en langage auditoire ou sans soutien du tout est insuffisant pour le développement d’une première langue. Afin que les enfants sourds progressent dans leurs capacités cognitives, leurs capacités de lecture et d’écriture, et leur acquisition de l’anglais ou le français, le développement de la langue des signes dans un environnement bimodal/bilingue est nécessaire.

Voilà pourquoi l’Association des Sourds du Canada – Canadian Association of the Deaf affirme vigoureusement le droit des enfants sourds à apprendre la langue des signes dès la petite enfance. L’argument, généralement mis de l’avant par les adeptes de thérapie audioverbale et des implants cochléaires, selon lequel l’apprentissage de la langue des signes nuit au développement de l’ouïe et de la parole chez l’enfant sourd est contraire à tout ce qu’on sait sur l’acquisition des langues et le développement du bilinguisme. De plus, l’opposition proposée par les professionnels de la médecine, de l’audiologie et de l’éducation entre, d’un côté, la langue des signes et de l’autre, les implants cochléaires ne rend pas service aux enfants sourds et à leur famille. Les études employant l’imagerie du cerveau démontrent formellement que la langue des signes n’est non seulement pas un obstacle à l’acquisition d’une langue auditoire suite à l’implant chez un enfant, mais qu’en fait elle contribue au taux de réussite de l’acquisition de la langue auditoire chez l’enfant implanté. Les enfants qui ont un implant cochléaire, comme tous les autres enfants sourds, profiteraient appréciablement de l’apprentissage de la langue des signes dès la petite enfance.

La langue des signes permet d’établir une première langue chez l’enfant pré-implanté. L’établissement d’une première langue permet d’éviter la privation linguistique, ce qui fournit à l’enfant les bases linguistiques nécessaires pour soutenir leur éducation bilingue avec ou sans implant cochléaire. L’enfant est alors soutenu dans le développement de ses capacités de lecture et d’écriture, de ses capacités cognitives, et dans leur capacité de s’exprimer est dans la culture Sourde et dans la culture non-Sourde.

Nous soutenons le droit de tous les enfants sourds, qu’ils portent un implant cochléaire ou non, à devenir bilingue et biculturel. La connaissance de la langue des signes et de la communauté Sourde permet à l’enfant de profiter au maximum des occasions de développement et de participation à des activités éducatives, récréatives, sociales et à la vie familiale. Pour soutenir l’accès des enfants sourds à la langue des signes, nous faisons appel aux professionnels Sourds qui parlent couramment la langue des signes afin qu’ils s’impliquent complètement aussi tôt que possible auprès des familles des enfants sourds pour leur fournir des services d’éducation.

De plus, l’Association des Sourds du Canada – Canadian Association of the Deaf demande un examen plus complet des profits et des plans de marketing des entreprises canadiennes d’implants cochléaires. Les rapports entre ces entreprises, les ministères provinciaux de la santé, les hôpitaux pour enfants et les organismes de thérapie audioverbale demeurent voilés. Il est dans l’intérêt du public que les relations entre ces parties soient transparentes. Les décès et les blessures subies par certains enfants sourds qui ont reçu un implant cochléaire nous rappellent la gravité et la réalité des risques de cette chirurgie.

Les enfants Sourds qui portent un implant cochléaire représentent un élément important de la communauté Sourde. Peu importe ses antécédents et ses choix, chaque personne Sourde renforce et enrichit la communauté Sourde par sa participation même. L’Association des Sourds du Canada – Canadian Association of the Deaf continue à promouvoir les droits des enfants sourds concernant la langue et l’éducation, y compris ceux des enfants qui portent un implant cochléaire.

Lecture recommandée : « Language acquisition for deaf children: reducing the harms of zero tolerance to the use of alternative approaches », par Tom Humphries, Poorna Kushalnagar, Gaurav Mathur, Donna Jo Napoli, Carol Padden, Christian Rathmann, et Scott R. Smith. Harm Reduction Journal, 2012, 9:16, http://www.harmreductionjournal.com/content/9/1/16.

Lecture recommandée : « Cochlear implantation (CI) for prelingual deafness : the relevance of studies of brain organization and the role of first language acquisition in considering outcome success », par Ruth Campbell, Mairéad MacSweeney, et Bencie Woll. Frontiers in Human Neuroscience, 2014, October 17 http://journal.frontiersin.org/article/10.3389/fnhum.2014.00834/abstract

APPROUVÉ : 3 JUILLET 2015

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